Prosper

Mérimée

Colomba

Translated by Lady Mary Loyd
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CHAPITRE I

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

CHAPITRE VIII

CHAPITRE IX

CHAPITRE X

CHAPITRE XI

CHAPITRE XII

CHAPITRE XIII

CHAPITRE XIV

CHAPITRE XV

CHAPITRE XVI

CHAPITRE XVII

CHAPITRE XVIII

CHAPITRE XIX

CHAPITRE XX

CHAPITRE XXI

COLOPHON

Pè far la to van­det­ta,
Sta si­gur’, vasta anche ella.
Vo­ce­ro du Nio­lo.

CHAPITRE I

Dans les pre­miers jours du mois d’oc­tobre 181., le co­lo­nel Sir Tho­mas Ne­vil, Ir­lan­dais, of­fi­cier distin­gué de l’ar­mée an­glaise,
descen­dit avec sa fille à l’hô­tel Beau­vau, à Mar­seille, au re­tour d’un voyage en Ita­lie.
L’ad­mi­ra­tion conti­nue des voya­geurs en­thou­siastes a pro­duit une ré­ac­tion, et,
pour se sin­gu­la­ri­ser, beau­coup de tou­ristes au­jourd’hui prennent pour de­vise le nil ad­mi­ra­ri d’Ho­race.
C’est à cette classe de voya­geurs mécontents qu’appar­te­nait miss Ly­dia, fille unique du co­lo­nel.
La Trans­fi­gu­ra­tion lui avait paru mé­diocre, le Vé­suve en érup­tion à peine su­pé­rieur aux che­mi­nées des usines de Birmin­gham.
En somme, sa grande ob­jec­tion contre l’Ita­lie était que ce pays man­quait de cou­leur lo­cale, de ca­rac­tère.
Ex­plique qui pour­ra le sens de ces mots, que je com­pre­nais fort bien il y a quelques an­nées, et que je n’en­tends plus au­jourd’hui.
D’abord, miss Ly­dia s’était flat­tée de trou­ver au-delà des Alpes des choses que per­sonne n’au­rait vues avant elle,
et dont elle pour­rait par­ler «avec les hon­nêtes gens», comme dit M. Jour­dain.
Mais bien­tôt, par­tout de­van­cée par ses com­pa­triotes et déses­pé­rant de ren­con­trer rien d’in­con­nu, elle se jeta dans le par­ti de l’op­po­si­tion.
Il est bien désa­gréable, en ef­fet, de ne pou­voir par­ler des mer­veilles de l’Ita­lie sans que quel­qu’un ne vous dise:
«Vous connais­sez sans doute ce Ra­phaël du palais ***, à ***?
C’est ce qu’il y a de plus beau en Ita­lie.» — Et c’est juste­ment ce qu’on a né­gli­gé de voir.
Comme il est trop long de tout voir, le plus simple c’est de tout condam­ner de par­ti pris.
À l’hô­tel Beau­vau, miss Ly­dia eut un amer désap­pointe­ment.
Elle rap­por­tait un joli cro­quis de la porte pé­las­gique ou cy­clo­péenne de Se­gni, qu’elle croyait ou­bliée par les des­si­na­teurs.
Or, lady Frances Fen­wich, la ren­con­trant à Mar­seille, lui montra son al­bum,
où, entre un son­net et une fleur des­sé­chée, fi­gu­rait la porte en question, en­lu­mi­née à grand ren­fort de terre de Sienne.
Miss Ly­dia don­na la porte de Se­gni à sa femme de chambre, et per­dit toute estime pour les construc­tions pé­las­giques.
Ces tristes dispo­si­tions étaient par­ta­gées par le co­lo­nel Ne­vil, qui,
de­puis la mort de sa femme, ne voyait les choses que par les yeux de miss Ly­dia.
Pour lui, l’Ita­lie avait le tort im­mense d’avoir en­nuyé sa fille,
et par consé­quent c’était le plus en­nuyeux pays du monde.
Il n’avait rien à dire, il est vrai, contre les ta­bleaux et les sta­tues;
mais ce qu’il pou­vait as­su­rer, c’est que la chasse était mi­sé­rable dans ce pays-là,
et qu’il fal­lait faire dix lieues au grand so­leil dans la cam­pagne de Rome pour tuer quelques mé­chantes per­drix rouges.
Le len­de­main de son ar­ri­vée à Mar­seille, il in­vi­ta à dî­ner le capi­taine Ellis,
son an­cien ad­ju­dant, qui ve­nait de pas­ser six se­maines en Corse.
Le capi­taine ra­con­ta fort bien à miss Ly­dia une histoire de ban­dits
qui avait le mé­rite de ne res­sem­bler nul­le­ment aux histoires de vo­leurs dont on l’avait si sou­vent entre­te­nue sur la route de Rome à Naples.
Au des­sert, les deux hommes, res­tés seuls avec des bou­teilles de vin de Bor­deaux, par­lèrent chasse,
et le co­lo­nel ap­prit qu’il n’y a pas de pays où elle soit plus belle qu’en Corse, plus va­riée, plus abon­dante.
«On y voit force san­gliers, di­sait le capi­taine Ellis,
et il faut ap­prendre à les distin­guer des co­chons do­mestiques, qui leur res­semblent d’une manière éton­nante;
car, en tuant des co­chons, l’on se fait une mau­vaise af­faire avec leurs gar­diens.
Ils sortent d’un taillis qu’ils nomment ma­quis, ar­més jus­qu’aux dents, se font payer leurs bêtes et se moquent de vous.
Vous avez en­core le mou­flon, fort étrange ani­mal qu’on ne trouve pas ailleurs, fameux gi­bier, mais dif­fi­cile.
Cerfs, daims, fai­sans, per­dreaux, jamais on ne pour­rait nom­brer toutes les es­pèces de gi­bier qui fourmillent en Corse.
Si vous aimez à ti­rer, al­lez en Corse, co­lo­nel; là, comme di­sait un de mes hôtes,
vous pour­rez ti­rer sur tous les gi­biers pos­sibles, de­puis la grive jus­qu’à l’homme.»
Au thé, le capi­taine char­ma de nou­veau miss Ly­dia par une histoire de ven­det­ta trans­ver­sale,
en­core plus bi­zarre que la pre­mière, et il ache­va de l’en­thou­siasmer pour la Corse en lui dé­crivant l’aspect étrange, sau­vage du pays,
le ca­rac­tère ori­gi­nal de ses ha­bi­tants, leur hospi­ta­li­té et leurs mœurs pri­mi­tives.
En­fin, il mit à ses pieds un joli pe­tit stylet, moins re­mar­quable par sa forme et sa mon­ture en cuivre que par son ori­gine.
Un fameux ban­dit l’avait cédé au capi­taine Ellis, ga­ranti pour s’être en­fon­cé dans quatre corps hu­mains.
Miss Ly­dia le pas­sa dans sa cein­ture, le mit sur sa table de nuit, et le tira deux fois de son four­reau avant de s’en­dormir.
De son côté, le co­lo­nel rêva qu’il tuait un mou­flon et que le pro­prié­taire lui en fai­sait payer le prix,
à quoi il consen­tait vo­lon­tiers, car c’était un ani­mal très cu­rieux, qui res­sem­blait à un san­glier, avec des cornes de cerf et une queue de fai­san.

Prosper Mérimée
Colomba
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Translated by Lady Mary Loyd

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