Honoré de

Balzac

Le Réquisitionnaire

The Recruit

Translated by Katharine Prescott Wormeley
Alignment and Amendments © Doppeltext 2012

TITLE PAGE

LE RÉQUISITIONNAIRE

COLOPHON

«Tan­tôt ils lui voyaient, par un phé­no­mène de vi­sion ou de lo­co­mo­tion,
abo­lir l’espace dans ses deux modes de Temps et de Distance,

dont l’un est intel­lec­tuel et l’autre phy­sique».
Hist. intell. de Louis Lam­bert.
À mon cher Al­bert Marc­hand de la Ri­bel­le­rie.
Par un soir du mois de no­vembre 1793, les princi­paux per­son­nages de Ca­ren­tan
se trou­vaient dans le sa­lon de ma­dame de Dey, chez la­quelle l’as­sem­blée se te­nait tous les jours.
Quelques cir­constances qui n’eussent point at­ti­ré l’at­ten­tion d’une grande ville,
mais qui de­vaient for­te­ment en pré­oc­cu­per une pe­tite, prê­taient à ce ren­dez-vous ha­bi­tuel un in­té­rêt in­ac­cou­tu­mé.
La sur­veille, ma­dame de Dey avait fer­mé sa porte à sa so­cié­té, qu’elle s’était en­core dispen­sée de re­ce­voir la veille, en pré­tex­tant d’une indispo­si­tion.
En temps or­di­naire, ces deux événe­ments eussent fait à Ca­ren­tan le même ef­fet que pro­duit à Pa­ris un re­lâche à tous les théâtres.
Ces jours-là, l’existence est en quelque sorte in­com­plète. Mais, en 1793, la conduite de ma­dame de Dey pou­vait avoir les plus fu­nestes résul­tats.
La moindre dé­marche ha­sar­dée de­ve­nait alors presque tou­jours pour les nobles une question de vie ou de mort.
Pour bien com­prendre la cu­rio­si­té vive et les étroites fi­nesses
qui ani­mèrent pen­dant cette soi­rée les phy­sio­no­mies nor­mandes de tous ces per­son­nages,
mais sur­tout pour par­ta­ger les per­plexi­tés se­crètes de ma­dame de Dey, il est néces­saire d’ex­pli­quer le rôle qu’elle jouait à Ca­ren­tan.
La po­si­tion cri­tique dans la­quelle elle se trou­vait en ce mo­ment ayant été sans doute celle de bien des gens pen­dant la Ré­vo­lu­tion,
les sym­pa­thies de plus d’un lec­teur achè­ve­ront de co­lo­rer ce récit.
Ma­dame de Dey, veuve d’un lieu­te­nant gé­né­ral, che­va­lier des ordres, avait quit­té la cour au commen­ce­ment de l’émi­gra­tion.
Pos­sé­dant des biens consi­dé­rables aux en­vi­rons de Ca­ren­tan,
elle s’y était ré­fu­giée, en es­pé­rant que l’in­fluence de la ter­reur s’y fe­rait peu sen­tir.
Ce cal­cul, fon­dé sur une connais­sance exacte du pays, était juste. La Ré­vo­lu­tion exer­ça peu de ra­vages en Basse-Nor­man­die.
Quoique ma­dame de Dey ne vît ja­dis que les fa­milles nobles du pays
quand elle y ve­nait vi­si­ter ses pro­prié­tés, elle avait, par po­li­tique, ou­vert sa mai­son aux princi­paux bour­geois de la ville
et aux nou­velles au­to­ri­tés, en s’ef­for­çant de les rendre fiers de sa conquête, sans ré­veiller chez eux ni haine ni ja­lou­sie.
Gra­cieuse et bonne, douée de cette in­ex­pri­mable dou­ceur qui sait plaire sans re­cou­rir à l’abais­se­ment ou à la prière,
elle avait réus­si à se conci­lier l’estime gé­né­rale par un tact ex­quis dont les sages aver­tis­se­ments lui permet­taient de se tenir sur la ligne déli­cate
où elle pou­vait sa­tis­faire aux exi­gences de cette so­cié­té mê­lée,
sans hu­mi­lier le rétif amour-propre des par­ve­nus, ni cho­quer ce­lui de ses an­ciens amis.

Honoré de Balzac
Le Réquisitionnaire / The Recruit
Bilingual Edition
Translated by Katharine Prescott Wormeley

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