Honoré de

Balzac

Sarrasine

Übersetzt von Hedwig Lachmann
Synchronisation und Ergänzungen © Doppeltext 2012

TITELBLATT

SARRASINE

IMPRESSUM

À Mon­sieur Charles de Ber­nard du Grail
J’étais plon­gé dans une de ces rê­ve­ries pro­fondes qui sai­sissent tout le monde, même un homme fri­vole, au sein des fêtes les plus tu­mul­tueuses.
Mi­nuit ve­nait de son­ner à l’hor­loge de l’Ely­sée-Bour­bon.
As­sis dans l’em­bra­sure d’une fe­nêtre, et ca­ché sous les plis on­du­leux d’un ri­deau de moire,
je pou­vais contem­pler à mon aise le jar­din de l’hô­tel où je pas­sais la soi­rée.
Les arbres, im­par­fai­te­ment cou­verts de neige,
se dé­tac­haient fai­ble­ment du fond gri­sâtre que for­mait un ciel nua­geux, à peine blan­chi par la lune.
Vus au sein de cette at­mo­sphère fan­tastique, ils res­sem­blaient va­gue­ment à des spectres mal en­ve­lop­pés de leurs lin­ceuls,
image gi­gan­tesque de la fameuse Danse des morts.
Puis, en me re­tour­nant de l’autre côté, je pou­vais ad­mi­rer la danse des vivants!
un sa­lon splen­dide, aux pa­rois d’ar­gent et d’or, aux lustres étin­ce­lants, brillant de bou­gies.
Là, fourmillaient, s’agi­taient et papillon­naient les plus jo­lies femmes de Pa­ris, les plus riches, les mieux ti­trées, écla­tantes, pom­peuses, éblouis­santes de diamants!
des fleurs sur la tête, sur le sein, dans les che­veux, se­mées sur les robes, ou en guir­landes à leurs pieds.
C’était de lé­gers frémis­se­ments de joie, des pas vo­lup­tueux qui fai­saient rou­ler les den­telles, les blondes, la mous­se­line au­tour de leurs flancs déli­cats.
Quelques re­gards trop vifs per­çaient çà et là, éclip­saient les lu­mières, le feu des diamants, et ani­maient en­core des cœurs trop ardents.
On sur­pre­nait aus­si des airs de tête si­gni­fi­ca­tifs pour les amants, et des at­ti­tudes né­ga­tives pour les ma­ris.
Les éclats de voix des joueurs, à chaque coup im­pré­vu, le re­ten­tis­se­ment de l’or se mê­laient à la mu­sique, au mur­mure des conver­sa­tions;
pour ache­ver d’étour­dir cette foule en­iv­rée par tout ce que le monde peut of­frir de sé­duc­tions,
une va­peur de par­fums et l’ivresse gé­né­rale agis­saient sur les ima­gi­na­tions af­fo­lées.
Ain­si à ma droite la sombre et si­len­cieuse image de la mort; à ma gauche, les décentes bac­cha­nales de la vie:
ici, la na­ture froide, morne, en deuil; là, les hommes en joie.
Moi, sur la fron­tière de ces deux ta­bleaux si dispa­rates, qui, mille fois ré­pé­tés de di­verses manières,
rendent Pa­ris la ville la plus amu­sante du monde et la plus phi­lo­so­phique, je fai­sais une ma­cé­doine mo­rale, moi­tié plai­sante, moi­tié fu­nèbre.
Du pied gauche je mar­quais la me­sure, et je croyais avoir l’autre dans un cer­cueil.
Ma jambe était en ef­fet gla­cée par un de ces vents cou­lis qui vous gèlent une moi­tié du corps
tan­dis que l’autre éprouve la cha­leur moite des sa­lons, acci­dent as­sez fré­quent au bal.
— Il n’y a pas fort long­temps que mon­sieur de Lan­ty pos­sède cet hô­tel?
— Si fait. Voi­ci bien­tôt dix ans que le ma­ré­chal de Ca­ri­glia­no le lui a ven­du…
— Ah!
— Ces gens-là doivent avoir une for­tune im­mense?
— Mais il le faut bien.
— Quelle fête! Elle est d’un luxe inso­lent.
— Les croyez-vous aus­si riches que le sont mon­sieur de Nucin­gen ou mon­sieur de Gon­dre­ville?
— Mais vous ne sa­vez donc pas?
J’avan­çai la tête et re­con­nus les deux inter­lo­cu­teurs pour appar­tenir à cette gent cu­rieuse
qui, à Pa­ris, s’oc­cupe ex­clu­si­ve­ment des Pour­quoi? des Com­ment?
D’où vient-il? Qui sont-ils? Qu’y a-t-il? Qu’a-t-elle fait?
Ils se mirent à par­ler bas, et s’éloi­gnèrent pour al­ler cau­ser plus à l’aise sur quelque ca­na­pé so­li­taire.
Jamais mine plus fé­conde ne s’était ou­verte aux cher­cheurs de mys­tères.
Per­sonne ne sa­vait de quel pays ve­nait la fa­mille de Lan­ty, ni de quel commerce, de quelle spo­lia­tion,
de quelle pi­ra­te­rie ou de quel hé­ri­tage pro­ve­nait une for­tune esti­mée à plu­sieurs mil­lions.
Tous les membres de cette fa­mille par­laient l’ita­lien, le fran­çais, l’espa­gnol, l’an­glais et l’al­le­mand,
avec as­sez de per­fec­tion pour faire sup­po­ser qu’ils avaient dû long-temps sé­jour­ner parmi ces dif­férents peuples. Étaient-ce des bo­hémiens? étaient-ce des fli­bustiers?

Honoré de Balzac
Sarrasine
Zweisprachige Ausgabe
Übersetzt von Hedwig Lachmann

Dies ist ein interaktives E-Book. Klicken Sie auf den Text, um die Übersetzung einzublenden.

Der Originaltext und die Übersetzung sind gemeinfrei. Die Rechte für die synchronisierte zweisprachige Ausgabe und für die von uns in der Übersetzung ergänzten Textpassagen liegen bei Doppeltext.

Unser Programm umfasst viele weitere zweisprachige Titel. Besuchen Sie www.doppeltext.com, um mehr zu erfahren.

Wir freuen uns auf Ihre Meinung und Kritik.

Doppeltext
Igor Kogan & Tatiana Zelenska
Karwendelstr. 25
D-81369 München
Tel. +49-89-76 75 55 34
www.doppeltext.com
info@doppeltext.com