Honoré de

Balzac

La vieille fille

Die alte Jungfer

Übersetzt von Hedwig Lachmann
Synchronisation und Ergänzungen © Doppeltext 2012

TITELBLATT

LA VIEILLE FILLE

IMPRESSUM

Mon­sieur Eu­gene-Au­guste-Georges-Louis Midy de la Gre­ne­raye Sur­ville,
In­génieur au Corps royal des Ponts-et-Chaus­sées,

Comme un té­moi­gnage de l’af­fec­tion de son beau-frère,
De Bal­zac
Beau­coup de per­sonnes ont dû ren­con­trer dans cer­taines pro­vinces de France plus ou moins de che­va­liers de Va­lois: il en existait un en Nor­man­die,
il s’en trou­vait un autre à Bourges, un troi­sième flo­ris­sait en 1816 dans la ville d’Alen­çon, peut-être le Midi pos­sé­dait-il le sien.
Mais le dé­nom­bre­ment de cette tri­bu va­lé­sienne est ici sans impor­tance.
Tous ces che­va­liers, parmi les­quels il en est sans doute qui sont Va­lois comme Louis XIV était Bour­bon,
se connais­saient si peu entre eux, qu’il ne fal­lait point leur par­ler des uns aux autres;
tous lais­saient d’ailleurs les Bour­bons en par­faite tran­quilli­té sur le trône de France, car il est un peu trop avé­ré
que Hen­ri IV de­vint roi faute d’un hé­ri­tier mâle dans la pre­mière branche d’Or­léans, dite de Va­lois.
S’il existe des Va­lois, ils pro­viennent de Charles de Va­lois, duc d’An­gou­lême, fils de Charles IX et de Ma­rie Tou­chet,
de qui la posté­ri­té mâle s’est éga­le­ment éteinte, jus­qu’à preuve contraire.
Aus­si ne fut-ce jamais sé­rieu­se­ment que l’on pré­ten­dit don­ner cette illustre ori­gine au mari de la fameuse La­mothe-Va­lois, im­pli­quée dans l’af­faire du collier.
Cha­cun de ces che­va­liers, si les ren­sei­gne­ments sont exacts, fut, comme ce­lui d’Alen­çon, un vieux gen­til­homme, long, sec et sans for­tune.
Ce­lui de Bourges avait émi­gré, ce­lui de Tou­raine s’était ca­ché,
ce­lui d’Alen­çon avait guer­royé dans la Ven­dée et quelque peu chouan­né.
La ma­jeure par­tie de la jeu­nesse de ce der­nier s’était pas­sée à Pa­ris,
où la Ré­vo­lu­tion le sur­prit à trente ans au mi­lieu de ses conquêtes.
Accepté par la haute aristo­cra­tie de la pro­vince pour un vrai Va­lois, le che­va­lier de Va­lois d’Alen­çon avait, comme ses ho­mo­nymes,
d’ex­cel­lentes manières et parais­sait homme de haute com­pa­gnie.
Quant à ses mœurs pu­bliques, il avait l’ha­bi­tude de ne jamais dî­ner chez lui; il jouait tous les soirs,
et s’était fait prendre pour un homme très-spiri­tuel. Son princi­pal dé­faut consistait à ra­con­ter une foule d’anec­dotes sur le règne de Louis XV et sur les commen­ce­ments de la Ré­vo­lu­tion;
et les per­sonnes qui les en­ten­daient la pre­mière fois les trou­vaient as­sez bien nar­rées.
S’il avait la ver­tu de ne pas ré­pé­ter ses bons mots per­son­nels et de ne jamais par­ler de ses amours,
ses grâces et ses sou­rires commet­taient de déli­cieuses indis­crétions.
Ce bon­homme usait du pri­vi­lége qu’ont les vieux gen­tils­hommes voltai­riens de ne point al­ler à la messe;
mais cha­cun avait une ex­ces­sive indulgence pour son ir­réli­gion, en fa­veur de son dé­voue­ment à la cause royale.
Son princi­pal vice était de prendre du ta­bac dans une vieille boîte d’or
or­née du por­trait d’une prin­cesse Go­rit­za, char­mante Hon­groise, cé­lèbre par sa beau­té sous la fin du règne de Louis XV,
à la­quelle le jeune che­va­lier avait été long-temps at­tac­hé, dont il ne par­lait jamais sans émo­tion, et pour la­quelle il s’était bat­tu.
Ce che­va­lier, alors âgé d’en­vi­ron cin­quante-huit ans, n’en avouait que cin­quante,
et pou­vait se permettre cette innocente trom­pe­rie; car, parmi les avan­tages dé­vo­lus aux gens secs et blonds,
il conser­vait cette taille en­core ju­vénile qui sauve aux hommes aus­si bien qu’aux femmes les apparences de la vieillesse.
Oui, sa­chez-le, toute la vie, ou toute l’élé­gance qui est l’ex­pres­sion de la vie, ré­side dans la taille.
Mais comme il s’agit des ver­tus du che­va­lier, il faut dire qu’il était doué d’un nez pro­di­gieux.
Ce nez par­ta­geait vi­gou­reu­se­ment sa fi­gure pâle en deux sec­tions
qui sem­blaient ne pas se connaître, et dont une seule rou­gis­sait pen­dant le tra­vail de la di­gestion.
Ce fait est digne de re­marque par un temps où la phy­sio­lo­gie s’oc­cupe tant du cœur hu­main. Cette in­can­descence se pla­çait à gauche.
Quoique les jambes hautes et fines, le corps grêle et le tout bla­fard du che­va­lier n’an­non­çassent pas une forte san­té, néan­moins il man­geait comme un ogre,
et pré­ten­dait avoir une mala­die dé­si­g­née en pro­vince sous le nom de foie chaud, sans doute pour faire ex­cu­ser son ex­ces­sif ap­pé­tit.
La cir­constance de sa rou­geur ap­puyait ses pré­ten­tions;
mais dans un pays où les re­pas se dé­ve­loppent sur des lignes de trente ou qua­rante plats et durent quatre heures,
l’esto­mac du che­va­lier sem­blait être un bien­fait ac­cor­dé par la Pro­vi­dence à cette bonne ville.
Se­lon quelques méde­cins, cette cha­leur pla­cée à gauche dé­note un cœur pro­digue.
La vie galante du che­va­lier confir­mait ces as­ser­tions scien­ti­fiques, dont la res­ponsa­bi­li­té ne pèse pas, fort heu­reu­se­ment, sur l’histo­rien.
Mal­gré ces symp­tômes, mon­sieur de Va­lois avait une or­gani­sa­tion ner­veuse, conséquem­ment vivace.
Si son foie ar­dait, pour em­ployer une vieille ex­pres­sion, son cœur ne brû­lait pas moins.
Si son vi­sage of­frait quelques rides, si ses che­veux étaient argen­tés,
un ob­ser­va­teur instruit y au­rait vu les stig­mates de la pas­sion et les sillons du plai­sir,
car aux tempes la patte d’oie ca­rac­té­ristique, et au front les marches du palais montraient des rides élé­gantes, bien pri­sées à la cour de Cy­thère.
En lui tout ré­vé­lait les mœurs de l’homme à femmes (la­die’s man).
Le co­quet che­va­lier était si mi­nu­tieux dans ses ablu­tions que ses joues fai­saient plai­sir à voir, elles sem­blaient bros­sées avec une eau mer­veilleuse.
La par­tie du crâne que ses che­veux se re­fu­saient à cou­vrir brillait comme de l’ivoire.
Ses sourcils comme ses che­veux jouaient la jeu­nesse par la ré­gu­la­ri­té que leur im­pri­mait le peigne.
Sa peau déjà si blanche sem­blait en­core extra­blan­chie par quelque se­cret.
Sans por­ter d’odeur, le che­va­lier ex­halait comme un par­fum de jeu­nesse qui ra­fraî­chis­sait son aire.
Ses mains de gen­til­homme, soi­gnées comme celles d’une pe­tite maî­tresse, at­ti­raient le re­gard sur des ongles roses et bien cou­pés.
En­fin, sans son nez ma­gistral et super­la­tif, il eût été pou­pin.

Honoré de Balzac
La vieille fille / Die alte Jungfer
Zweisprachige Ausgabe
Übersetzt von Hedwig Lachmann

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