Guy de

Maupassant

Monsieur Parent

et autres histoires courtes

Herr Parent

und andere Kurzgeschichten

Übersetzt von Georg Freiherr von Ompteda
Synchronisation und Ergänzungen © Doppeltext 2012

TITELBLATT

MONSIEUR PARENT

LA BÊTE À MAÎT’ BELHOMME

À VENDRE

L’INCONNUE

LA CONFIDENCE

LE BAPTÊME

IMPRUDENCE

UN FOU

TRIBUNAUX RUSTIQUES

L’ÉPINGLE

LES BÉCASSES

EN WAGON

ÇA IRA

DÉCOUVERTE

SOLITUDE

AU BORD DU LIT

PETIT SOLDAT

IMPRESSUM

MONSIEUR PARENT

I

Le pe­tit Georges, à quatre pattes dans l’al­lée, fai­sait des mon­tagnes de sable.
Il le ramas­sait de ses deux mains, l’éle­vait en py­ra­mide, puis plan­tait au sommet une feuille de mar­ron­nier.
Son père, as­sis sur une chaise de fer, le contem­plait avec une at­ten­tion concent­rée et amou­reuse,
ne voyait que lui dans l’étroit jar­din pu­blic rem­pli de monde.
Tout le long du che­min rond qui passe de­vant le bas­sin et de­vant l’église de la Tri­ni­té pour re­venir, après avoir contour­né le ga­zon,
d’autres en­fants s’oc­cu­paient de même, à leurs pe­tits jeux de jeunes ani­maux, tan­dis que les bonnes indif­férentes re­gar­daient en l’air avec leurs yeux de brutes,
ou que les mères cau­saient entre elles en sur­veillant la mar­maille d’un coup d’œil in­ces­sant.
Des nour­rices, deux par deux, se pro­me­naient d’un air grave, lais­sant traî­ner der­rière elles les longs ru­bans écla­tants de leurs bon­nets,
et por­tant dans leurs bras quelque chose de blanc en­ve­lop­pé de den­telles,
tan­dis que de pe­tites filles, en robe courte et jambes nues, avaient des entre­tiens sé­rieux entre deux courses au cer­ceau,
et que le gar­dien du square, en tunique verte, er­rait au mi­lieu de ce peuple de mioches,
fai­sait sans cesse des dé­tours pour ne point dé­mo­lir des ou­vrages de terre, pour ne point écra­ser des mains,
pour ne point dé­ran­ger le tra­vail de fourmi de ces mi­gnonnes larves hu­maines.
Le so­leil al­lait dispa­raître der­rière les toits de la rue Saint-La­zare et je­tait ses grands rayons ob­liques sur cette foule ga­mine et pa­rée,
Les mar­ron­niers s’éclai­raient de lueurs jaunes, et les trois cascades, de­vant le haut por­tail de l’église, sem­blaient en ar­gent li­quide.
M. Pa­rent re­gar­dait son fils ac­crou­pi dans la pous­sière: il suivait ses moindres gestes avec amour,
sem­blait en­voyer des baisers du bout des lèvres à tous les mou­ve­ments de Georges.
Mais ayant levé les yeux vers l’hor­loge du clo­cher, il consta­ta qu’il se trou­vait en re­tard de cinq mi­nutes.
Alors il se leva, prit le pe­tit par le bras, se­coua sa robe pleine de terre, es­suya ses mains et l’entraî­na vers la rue Blanche.
Il pres­sait le pas pour ne point rentrer après sa femme; et le ga­min, qui ne le pou­vait suivre, trot­ti­nait à son côté.
Le père alors le prit en ses bras, et, ac­célé­rant en­core son allure, se mit à souf­fler de peine en mon­tant le trot­toir in­cli­né.
C’était un homme de qua­rante ans, déjà gris, un peu gros, por­tant avec un air in­quiet un bon ventre de joyeux gar­çon que les événe­ments ont ren­du ti­mide.
Il avait épou­sé, quelques an­nées plus tôt, une jeune femme ai­mée ten­dre­ment
qui le trai­tait à pré­sent avec une ru­desse et une au­to­ri­té de despote tout-puis­sant.
Elle le gour­man­dait sans cesse pour tout ce qu’il fai­sait et pour tout ce qu’il ne fai­sait pas, lui re­pro­chait ai­gre­ment ses moindres actes,
ses ha­bi­tudes, ses simples plai­sirs, ses goûts, ses allures, ses gestes, la ron­deur de sa cein­ture et le son pla­cide de sa voix.
Il l’ai­mait en­core ce­pen­dant, mais il ai­mait sur­tout l’en­fant qu’il avait d’elle,
Georges, âgé mainte­nant de trois ans, de­ve­nu la plus grande joie et la plus grande pré­oc­cu­pa­tion de son cœur.
Ren­tier mo­deste, il vivait sans em­ploi avec ses vingt mille francs de re­ve­nu;
et sa femme, prise sans dot, s’indi­gnait sans cesse de l’in­ac­tion de son mari.
Il at­tei­gnit en­fin sa mai­son, posa l’en­fant sur la pre­mière marche de l’esca­lier, s’es­suya le front, et se mit à mon­ter.
Au se­cond étage, il son­na.
Une vieille bonne qui l’avait éle­vé, une de ces ser­vantes maî­tresses qui sont les ty­rans des fa­milles, vint ou­vrir; et il de­man­da avec an­goisse:
— Ma­dame est-elle rent­rée?
La do­mestique haus­sa les épaules:
— De­puis quand mon­sieur a-t-il vu ma­dame rentrer pour six heures et de­mie?

Guy de Maupassant
Monsieur Parent / Herr Parent
Zweisprachige Ausgabe
Übersetzt von Georg Freiherr von Ompteda

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