Guy de

Maupassant

La Maison Tellier

et autres nouvelles

Das Haus

und andere Novellen

Übersetzt von Georg Freiherr von Ompteda
Synchronisation und Ergänzungen © Doppeltext 2012

TITELBLATT

LA MAISON TELLIER

LES TOMBALES

SUR L’EAU

HISTOIRE D’UNE FILLE DE FERME

EN FAMILLE

LE PAPA DE SIMON

UNE PARTIE DE CAMPAGNE

AU PRINTEMPS

LA FEMME DE PAUL

IMPRESSUM

LA MAISON TELLIER

I

On al­lait là, chaque soir, vers onze heures, comme au café, sim­ple­ment.
Ils s’y re­trou­vaient à six ou huit, tou­jours les mêmes, non pas des no­ceurs,
mais des hommes ho­no­rables, des commer­çants, des jeunes gens de la ville;
et l’on pre­nait sa char­treuse en lu­ti­nant quelque peu les filles,
ou bien on cau­sait sé­rieu­se­ment avec Ma­dame, que tout le monde res­pec­tait.
Puis on rentrait se cou­cher avant mi­nuit. Les jeunes gens quel­que­fois res­taient.
La mai­son était fa­mi­liale, toute pe­tite, peinte en jaune, à l’en­coi­gnure d’une rue der­rière l’église Saint-Etienne;
et, par les fe­nêtres, on aper­ce­vait le bas­sin plein de navires qu’on dé­char­geait,
le grand ma­rais salant ap­pe­lé «la Re­te­nue» et, der­rière, la côte de la Vierge avec sa vieille cha­pelle toute grise.
Ma­dame, is­sue d’une bonne fa­mille de pay­sans du dé­par­te­ment de l’Eure,
avait accepté cette pro­fes­sion ab­so­lu­ment comme elle se­rait de­ve­nue mo­diste ou lin­gère.
Le pré­ju­gé du déshon­neur at­tac­hé à la prosti­tu­tion, si violent et si vivace dans les villes, n’existe pas dans la cam­pagne nor­mande.
Le pay­san dit: «C’est un bon mé­tier»; et il en­voie son en­fant tenir un ha­rem de filles
comme il l’en­ver­rait di­ri­ger un pen­sion­nat de de­moi­selles.
Cette mai­son, du reste, était ve­nue par hé­ri­tage d’un vieil oncle qui la pos­sé­dait.
Mon­sieur et Ma­dame, au­tre­fois au­ber­gistes près d’Yve­tot,
avaient im­mé­dia­te­ment li­qui­dé, ju­geant l’af­faire de Fé­camp plus avan­ta­geuse pour eux;
et ils étaient ar­ri­vés un beau ma­tin prendre la di­rec­tion de l’entre­prise qui péri­cli­tait en l’absence des pa­trons.
C’étaient de braves gens qui se firent aimer tout de suite par leur per­son­nel et des voi­sins.
Mon­sieur mou­rut d’un coup de sang deux ans plus tard. Sa nou­velle pro­fes­sion l’entre­te­nant dans la mol­lesse et l’im­mo­bi­li­té,
il était de­ve­nu très gros, et sa san­té l’avait étouf­fé.
Ma­dame, de­puis son veu­vage, était vai­ne­ment dé­si­rée par tous les ha­bi­tués de l’éta­blis­se­ment;
mais on la di­sait ab­so­lu­ment sage, et les pen­sion­naires elles-mêmes n’étaient par­ve­nues à rien dé­cou­vrir.
Elle était grande, char­nue, ave­nante. Son teint, pâli dans l’obs­cu­ri­té de ce lo­gis tou­jours clos, lui­sait comme sous un ver­nis gras.
Une mince gar­ni­ture de che­veux fol­lets, faux et fri­sés, en­tou­rait son front et lui don­nait un aspect ju­vénile
qui ju­rait avec la ma­tu­ri­té de ses formes.
In­va­ria­ble­ment gaie et la fi­gure ou­verte, elle plai­san­tait vo­lon­tiers,
avec une nuance de re­te­nue que ses oc­cu­pa­tions nou­velles n’avaient pas en­core pu lui faire perdre.
Les gros mots la cho­quaient tou­jours un peu;
et quand un gar­çon mal éle­vé ap­pe­lait de son nom propre l’éta­blis­se­ment qu’elle di­ri­geait, elle se fâ­chait, ré­vol­tée.
En­fin elle avait l’âme déli­cate et, bien que trai­tant ses femmes en amies,
elle ré­pé­tait vo­lon­tiers qu’elles «n’étaient point du même panier».

Guy de Maupassant
La Maison Tellier / Das Haus
Zweisprachige Ausgabe
Übersetzt von Georg Freiherr von Ompteda

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