Honoré de

Balzac

La Bourse

Die Börse

Übersetzt von Hugo Kaatz
Synchronisation und Ergänzungen © Doppeltext 2012

TITELBLATT

LA BOURSE

IMPRESSUM

Il est pour les âmes fa­ciles à s’épa­nouir une heure déli­cieuse qui sur­vient au mo­ment où la nuit n’est pas en­core et où le jour n’est plus.
La lueur cré­pus­cu­laire jette alors ses teintes molles ou ses re­flets bi­zarres sur tous les ob­jets,
et fa­vo­rise une rê­ve­rie qui se ma­rie va­gue­ment aux jeux de la lu­mière et de l’ombre.
Le si­lence qui règne presque tou­jours en cet instant le rend plus par­ti­cu­liè­re­ment cher aux ar­tistes qui se re­cueillent,
se mettent à quelques pas de leurs œuvres aux­quelles ils ne peuvent plus tra­vailler,
et ils les jugent en s’en­iv­rant du su­jet dont le sens intime éclate alors aux yeux in­té­rieurs du génie.
Ce­lui qui n’est pas de­meu­ré pen­sif près d’un ami pen­dant ce mo­ment de songes poé­tiques,
en com­pren­dra dif­fi­ci­le­ment les indi­cibles bé­né­fices.
À la fa­veur du clair-obs­cur, les ruses ma­té­rielles em­ployées par l’art pour faire croire à des réa­li­tés dispa­raissent en­tiè­re­ment.
S’il s’agit d’un ta­bleau, les per­son­nages qu’il re­présente semblent et par­ler et marcher:
l’ombre de­vient ombre, le jour est jour, la chair est vivante,
les yeux re­muent, le sang coule dans les veines, et les étoffes cha­toient.
L’ima­gi­na­tion aide au na­tu­rel de chaque dé­tail et ne voit plus que les beau­tés de l’œuvre.
À cette heure, l’illu­sion règne despo­ti­que­ment: peut-être se lève-t-elle avec la nuit!
l’illu­sion n’est-elle pas pour la pen­sée une es­pèce de nuit que nous meu­blons de songes?
L’illu­sion dé­ploie alors ses ailes, elle em­porte l’âme dans le monde des fan­tai­sies,
monde fer­tile en vo­lup­tueux ca­prices et où l’ar­tiste ou­blie le monde po­si­tif, la veille et le len­de­main,
l’avenir, tout jus­qu’à ses mi­sères, les bonnes comme les mau­vaises.
À cette heure de ma­gie, un jeune peintre, homme de ta­lent, et qui dans l’art ne voyait que l’art même,
était mon­té sur la double échelle qui lui ser­vait à peindre une grande, une haute toile presque termi­née.
Là, se cri­ti­quant, s’ad­mi­rant avec bonne foi, na­geant au cours de ses pen­sées, il s’abî­mait dans une de ces mé­di­ta­tions
qui ravissent l’âme et la grandissent, la ca­ressent et la consolent.
Sa rê­ve­rie dura long­temps sans doute. La nuit vint.
Soit qu’il vou­lût descendre de son échelle, soit qu’il eût fait un mou­ve­ment im­pru­dent en se croyant sur le plan­cher,
l’événe­ment ne lui permit pas d’avoir un souvenir exact des causes de son acci­dent, il tom­ba, sa tête por­ta sur un ta­bou­ret,
il per­dit connais­sance et res­ta sans mou­ve­ment pen­dant un laps de temps dont la du­rée lui fut in­con­nue.
Une douce voix le tira de l’es­pèce d’en­gour­dis­se­ment dans le­quel il était plon­gé.
Lors­qu’il ou­vrit les yeux, la vue d’une vive lu­mière les lui fit re­fermer promp­te­ment;
mais à tra­vers le voile qui en­ve­lop­pait ses sens, il en­ten­dit le chu­cho­te­ment de deux femmes, et sen­tit deux jeunes, deux ti­mides mains entre les­quelles re­po­sait sa tête.
Il re­prit bien­tôt connais­sance et put aper­ce­voir, à la lueur d’une de ces vieilles lampes dites à double cou­rant d’air,
la plus déli­cieuse tête de jeune fille qu’il eût jamais vue, une de ces têtes qui sou­vent passent pour un ca­price du pin­ceau,
mais qui tout à coup réa­li­sa pour lui les théo­ries de ce beau idéal que se crée chaque ar­tiste et d’où pro­cède son ta­lent.
Le vi­sage de l’in­con­nue appar­te­nait, pour ain­si dire, au type fin et déli­cat de l’école de Prudhon,
et pos­sé­dait aus­si cette poé­sie que Gi­ro­det don­nait à ses fi­gures fan­tastiques.
La fraî­cheur des tempes, la ré­gu­la­ri­té des sourcils, la pu­re­té des lignes,
la vir­gi­ni­té for­te­ment em­preinte dans tous les traits de cette phy­sio­no­mie fai­saient de la jeune fille une créa­tion ac­com­plie.
La taille était souple et mince, les formes étaient frêles. Ses vê­te­ments, quoique simples et propres, n’an­non­çaient ni for­tune ni mi­sère.
En re­pre­nant pos­ses­sion de lui-même, le peintre ex­pri­ma son ad­mi­ra­tion par un re­gard de sur­prise, et bal­bu­tia de confus re­mer­cî­ments.
Il trou­va son front pres­sé par un mou­choir, et re­con­nut, mal­gré l’odeur par­ti­cu­lière aux ate­liers, la sen­teur forte de l’éther,
sans doute em­ployé pour le ti­rer de son éva­nouis­se­ment.
Puis, il fi­nit par voir une vieille femme, qui res­sem­blait aux mar­quises de l’an­cien ré­gime,
et qui te­nait la lampe en don­nant des conseils à la jeune in­con­nue.

Honoré de Balzac
La Bourse / Die Börse
Zweisprachige Ausgabe
Übersetzt von Hugo Kaatz

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