Honoré de

Balzac

Le père Goriot

Vater Goriot

Übersetzt von Gisela Etzel und Franz Hessel
Synchronisation und Ergänzungen © Doppeltext 2012

TITELBLATT

I. UNE PENSION BOURGEOISE

II. L’ENTRÉE DANS LE MONDE

III. TROMPE-LA-MORT

IV. LA MORT DU PÈRE

IMPRESSUM

AU GRAND ET ILLUSTRE GEOF­FROY SAINT-HI­LAIRE,

Comme un té­moi­gnage d’ad­mi­ra­tion de ses tra­vaux et de son génie.
De Bal­zac.

I. UNE PENSION BOURGEOISE

Ma­dame Vau­quer, née de Conflans, est une vieille femme qui, de­puis qua­rante ans,
tient à Pa­ris une pen­sion bour­geoise éta­blie rue Neuve-Sainte-Ge­ne­viève, entre le quar­tier la­tin et le fau­bourg Saint-Mar­cel.
Cette pen­sion, connue sous le nom de la mai­son Vau­quer, ad­met éga­le­ment des hommes et des femmes,
des jeunes gens et des vieillards, sans que jamais la mé­di­sance ait at­ta­qué les mœurs de ce res­pec­table éta­blis­se­ment.
Mais aus­si, de­puis trente ans, ne s’y était-il jamais vu de jeune per­sonne,
et, pour qu’un jeune homme y de­meure, sa fa­mille doit-elle lui faire une bien maigre pen­sion.
Néan­moins, en 1819, époque à la­quelle ce drame commence, il s’y trou­vait une pauvre jeune fille.
En quelque dis­cré­dit que soit tom­bé le mot drame par la manière abu­sive et tor­tion­naire dont il a été pro­di­gué dans ces temps de dou­lou­reuse lit­té­ra­ture,
il est néces­saire de l’em­ployer ici: non que cette histoire soit drama­tique dans le sens vrai du mot;
mais, l’œuvre ac­com­plie, peut-être aura-t-on ver­sé quelques larmes in­tra mu­ros et extra.
Sera-t-elle com­prise au delà de Pa­ris? Le doute est permis.
Les par­ti­cu­la­ri­tés de cette Scène pleine d’ob­ser­va­tions et de cou­leur lo­cale ne peuvent être ap­préciées qu’entre les buttes Mont­martre et les hau­teurs de Mont­rouge,
dans cette illustre val­lée de plâ­tras in­ces­sam­ment près de tom­ber et de ruis­seaux noirs de boue;
val­lée rem­plie de souf­frances réelles, de joies sou­vent fausses, et si ter­ri­ble­ment agi­tée, qu’il faut je ne sais quoi d’exor­bi­tant pour y pro­duire une sensa­tion de quelque du­rée.
Ce­pen­dant il s’y ren­contre çà et là des dou­leurs que l’ag­glo­mé­ra­tion des vices et des ver­tus rend grandes et so­len­nelles:
à leur aspect, les égoïsmes, les in­té­rêts s’ar­rêtent et s’api­toient;
mais l’im­pres­sion qu’ils en re­çoivent est comme un fruit sa­vou­reux promp­te­ment dé­vo­ré.
Le char de la ci­vi­li­sa­tion, sem­blable à ce­lui de l’idole de Jag­ger­nat,
à peine re­tar­dé par un cœur moins fa­cile à broyer que les autres et qui en­raie sa roue, l’a bri­sé bien­tôt et conti­nue sa marche glo­rieuse.
Ain­si fe­rez-vous, vous qui te­nez ce livre d’une main blanche,
vous qui vous en­fon­cez dans un moel­leux fau­teuil en vous di­sant: «Peut-être ceci va-t-il m’amu­ser.»
Après avoir lu les se­crètes infor­tunes du père Go­riot,
vous dî­ne­rez avec ap­pé­tit en met­tant votre in­sen­si­bi­li­té sur le compte de l’au­teur,
en le taxant d’exa­gé­ra­tion, en l’ac­cu­sant de poé­sie.
Ah! sa­chez-le: ce drame n’est ni une fic­tion ni un ro­man. All is true, il est si vé­ri­table,
que cha­cun peut en re­con­naître les éléments chez soi, dans son cœur peut-être.
La mai­son où s’ex­ploite la pen­sion bour­geoise appar­tient à ma­dame Vau­quer.
Elle est si­tuée dans le bas de la rue Neuve-Sainte-Ge­ne­viève,
à l’en­droit où le ter­rain s’abaisse vers la rue de l’Ar­ba­lète par une pente si brusque et si rude que les che­vaux la montent ou la descendent ra­re­ment.
Cette cir­constance est fa­vo­rable au si­lence qui règne dans ces rues ser­rées entre le dôme du Val-de-Grâce et le dôme du Pan­théon,
deux mo­nu­ments qui changent les condi­tions de l’at­mo­sphère en y je­tant des tons jaunes, en y as­som­bris­sant tout par les teintes sé­vères que pro­jettent leurs cou­poles.
Là, les pa­vés sont secs, les ruis­seaux n’ont ni boue ni eau, l’herbe croît le long des murs.
L’homme le plus insouciant s’y at­triste comme tous les pas­sants,
le bruit d’une voi­ture y de­vient un événe­ment, les mai­sons y sont mornes, les mu­railles y sentent la pri­son.
Un Pa­ri­sien éga­ré ne ver­rait là que des pen­sions bour­geoises ou des insti­tu­tions, de la mi­sère ou de l’en­nui,
de la vieillesse qui meurt, de la joyeuse jeu­nesse contrainte à tra­vailler.
Nul quar­tier de Pa­ris n’est plus hor­rible, ni, di­sons-le, plus in­con­nu.
La rue Neuve-Sainte-Ge­ne­viève sur­tout est comme un cadre de bronze, le seul qui convienne à ce récit,
au­quel on ne sau­rait trop pré­pa­rer l’intelligence par des cou­leurs brunes, par des idées graves;
ain­si que, de marche en marche, le jour di­mi­nue et le chant du conduc­teur se creuse, alors que le voya­geur descend aux Ca­ta­combes.
Com­pa­rai­son vraie! Qui déci­de­ra de ce qui est plus hor­rible à voir, ou des cœurs des­sé­chés, ou des crânes vides?

Honoré de Balzac
Le père Goriot / Vater Goriot
Zweisprachige Ausgabe
Übersetzt von Gisela Etzel und Franz Hessel

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