Gustave

Flaubert

Un cœur simple

Ein einfältig Herz

Übersetzt von Arthur Schurig
Synchronisation und Ergänzungen © Doppeltext 2012

TITELBLATT

CHAPITRE I

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

IMPRESSUM

CHAPITRE I

Pen­dant un demi-siècle, les bour­geoises de Pont l’Évêque en­vièrent à Mme Au­bain sa ser­vante Féli­ci­té.
Pour cent francs par an, elle fai­sait la cui­sine et le mé­nage, cou­sait, la­vait, re­pas­sait, sa­vait bri­der un che­val,
en­grais­ser les vo­lailles, battre le beurre, et res­ta fi­dèle à sa maî­tresse, qui ce­pen­dant n’était pas une per­sonne agréable.
Elle avait épou­sé un beau gar­çon sans for­tune, mort au commen­ce­ment de 1809,
en lui lais­sant deux en­fants très jeunes avec une quanti­té de dettes.
Alors elle ven­dit ses im­meubles, sauf la ferme de Toucques et la ferme de Gef­fosses, dont les rentes mon­taient à cinq mille francs tout au plus,
et elle quit­ta sa mai­son de Saint-Me­laine pour en ha­bi­ter une autre moins dispen­dieuse,
ayant appar­te­nu à ses an­cêtres et pla­cée der­rière les Halles.
Cette mai­son, re­vê­tue d’ar­doises, se trou­vait entre un pas­sage et une ruelle aboutis­sant à la ri­vière.
Elle avait in­té­rieu­re­ment des dif­férences de ni­veau qui fai­saient tré­bu­cher.
Un vesti­bule étroit sé­pa­rait la cui­sine de la salle
où Mme Au­bain se te­nait tout le long du jour, as­sise près de la croi­sée dans un fau­teuil de paille.
Contre le lam­bris, peint en blanc, s’ali­gnaient huit chaises d’aca­jou.
Un vieux pia­no sup­por­tait, sous un ba­ro­mètre, un tas py­ra­mi­dal de boîtes et de car­tons.
Deux ber­gères de ta­pis­se­rie flan­quaient la che­mi­née en marbre jaune et de style Louis XV.
La pen­dule, au mi­lieu, re­présen­tait un temple de Vesta, et tout l’appar­te­ment sen­tait un peu le moi­si, car le plan­cher était plus bas que le jar­din.
Au pre­mier étage, il y avait d’abord la chambre de «Ma­dame»,
très grande, ten­due d’un papier à fleurs pâles, et conte­nant le por­trait de «Mon­sieur» en cos­tume de musca­din.
Elle com­muni­quait avec une chambre plus pe­tite, où l’on voyait deux cou­chettes d’en­fants, sans ma­te­las.
Puis ve­nait le sa­lon, tou­jours fer­mé, et rem­pli de meubles re­cou­verts d’un drap. En­suite un cor­ri­dor me­nait à un ca­bi­net d’étude;
des livres et des pa­pe­rasses gar­nis­saient les rayons d’une bi­blio­thèque en­tou­rant de ses trois cô­tés un large bu­reau de bois noir.
Les deux pan­neaux en re­tour dispa­rais­saient sous des des­sins à la plume,
des pay­sages à la gouache et des gra­vures d’Au­dran, souvenirs d’un temps meilleur et d’un luxe éva­noui.
Une lu­carne au se­cond étage éclai­rait la chambre de Féli­ci­té, ayant vue sur les prai­ries.
Elle se le­vait dès l’aube, pour ne pas man­quer la messe, et tra­vaillait jus­qu’au soir sans inter­rup­tion;
puis, le dî­ner étant fini, la vais­selle en ordre et la porte bien close,
elle en­fouis­sait la bûche sous les cendres et s’en­dor­mait de­vant l’âtre, son ro­saire à la main.
Per­sonne, dans les marc­han­dages, ne montrait plus d’en­tê­te­ment.
Quant à la pro­pre­té, le poli de ses cas­se­roles fai­sait le désespoir des autres ser­vantes.
Éco­nome, elle man­geait avec len­teur, et re­cueillait du doigt sur la table les miettes de son pain,
un pain de douze livres, cuit ex­près pour elle, et qui du­rait vingt jours.
En toute sai­son elle por­tait un mou­choir d’indienne fixé dans le dos par une épingle, un bon­net lui ca­chant les che­veux,
des bas gris, un ju­pon rouge, et par-des­sus sa ca­mi­sole un ta­blier à ba­vette, comme les in­firmières d’hô­pi­tal.
Son vi­sage était maigre et sa voix ai­guë. À vingt-cinq ans, on lui en don­nait qua­rante.
Dès la cin­quan­taine, elle ne mar­qua plus au­cun âge;
et, tou­jours si­len­cieuse, la taille droite et les gestes me­surés, sem­blait une femme en bois, fonc­tion­nant d’une manière au­to­ma­tique.

Gustave Flaubert
Un cœur simple / Ein einfältig Herz
Zweisprachige Ausgabe
Übersetzt von Arthur Schurig

Dies ist ein interaktives E-Book. Klicken Sie auf den Text, um die Übersetzung einzublenden.

Der Originaltext und die Übersetzung sind gemeinfrei. Die Rechte für die synchronisierte zweisprachige Ausgabe und für die von uns in der Übersetzung ergänzten Textpassagen liegen bei Doppeltext.

Unser Programm umfasst viele weitere zweisprachige Titel. Besuchen Sie www.doppeltext.com, um mehr zu erfahren.

Wir freuen uns auf Ihre Meinung und Kritik.

Doppeltext
Igor Kogan & Tatiana Zelenska
Karwendelstr. 25
D-81369 München
Tel. +49-89-76 75 55 34
www.doppeltext.com
info@doppeltext.com