Gustave

Flaubert

Madame Bovary

Übersetzt von Wolfgang Techtmeier, Lizenz der Aufbau Verlagsgruppe
Synchronisation und Ergänzungen © Doppeltext 2012

TITELBLATT

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE I

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

CHAPITRE VIII

CHAPITRE IX

DEUXIÈME PARTIE

CHAPITRE I

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

CHAPITRE VIII

CHAPITRE IX

CHAPITRE X

CHAPITRE XI

CHAPITRE XII

CHAPITRE XIII

CHAPITRE XIV

CHAPITRE XV

TROISIÈME PARTIE

CHAPITRE I

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

CHAPITRE VIII

CHAPITRE IX

CHAPITRE X

CHAPITRE XI

IMPRESSUM

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE I

Nous étions à l’Étude, quand le Pro­vi­seur entra, sui­vi d’un nou­veau ha­billé en bour­geois et d’un gar­çon de classe qui por­tait un grand pupitre.
Ceux qui dor­maient se ré­veillèrent, et cha­cun se leva comme sur­pris dans son tra­vail.
Le Pro­vi­seur nous fit signe de nous ras­seoir; puis, se tour­nant vers le maître d’études:
— Mon­sieur Ro­ger, lui dit-il à demi-voix, voi­ci un élève que je vous re­com­mande, il entre en cin­quième.
Si son tra­vail et sa conduite sont mé­ri­toires, il pas­se­ra dans les grands, où l’ap­pelle son âge.
Res­té dans l’angle, der­rière la porte, si bien qu’on l’aper­ce­vait à peine, le nou­veau était un gars de la cam­pagne, d’une quin­zaine d’an­nées en­vi­ron,
et plus haut de taille qu’au­cun de nous tous.
Il avait les che­veux cou­pés droit sur le front, comme un chantre de vil­lage, l’air rai­son­nable et fort em­bar­ras­sé.
Quoi­qu’il ne fût pas large des épaules, son ha­bit-veste de drap vert à bou­tons noirs de­vait le gê­ner aux en­tour­nures
et lais­sait voir, par la fente des pare­ments, des poi­gnets rouges ha­bi­tués à être nus.
Ses jambes, en bas bleus, sor­taient d’un pan­ta­lon jau­nâtre très-tiré par les bre­telles. Il était chaus­sé de sou­liers forts, mal ci­rés, gar­nis de clous.
On commen­ça la réci­ta­tion des le­çons. Il les écou­ta de toutes ses oreilles, at­ten­tif comme au ser­mon,
n’osant même croi­ser les cuisses, ni s’ap­puyer sur le coude,
et, à deux heures, quand la cloche son­na, le maître d’études fut ob­li­gé de l’aver­tir, pour qu’il se mît avec nous dans les rangs.
Nous avions l’ha­bi­tude, en entrant en classe, de je­ter nos cas­quettes par terre, afin d’avoir en­suite nos mains plus libres;
il fal­lait, dès le seuil de la porte, les lan­cer sous le banc, de fa­çon à frap­per contre la mu­raille en fai­sant beau­coup de pous­sière; c’était là le genre.
Mais, soit qu’il n’eût pas re­mar­qué cette manœuvre ou qu’il n’eût osé s’y sou­mettre,
la prière était fi­nie que le nou­veau te­nait en­core sa cas­quette sur ses deux ge­noux.
C’était une de ces coif­fures d’ordre com­po­site, où l’on re­trouve les éléments du bon­net à poil, du chaps­ka, du cha­peau rond,
de la cas­quette de loutre et du bon­net de co­ton, une de ces pauvres choses, en­fin, dont la lai­deur muette a des pro­fon­deurs d’ex­pres­sion comme le vi­sage d’un im­bécile.
Ovoïde et ren­flée de ba­leines, elle commen­çait par trois bou­dins cir­cu­laires;
puis s’al­ter­naient, sé­pa­rés par une bande rouge, des lo­sanges de ve­lours et de poils de la­pin;
ve­nait en­suite une fa­çon de sac qui se termi­nait par un poly­gone car­ton­né, cou­vert d’une bro­de­rie en sou­tache com­pli­quée,
et d’où pen­dait, au bout d’un long cor­don trop mince, un pe­tit croi­sillon de fils d’or, en manière de gland. Elle était neuve; la vi­sière brillait.
— Le­vez-vous, dit le pro­fes­seur.
Il se leva; sa cas­quette tom­ba. Toute la classe se mit à rire.
Il se bais­sa pour la re­prendre. Un voi­sin la fit tom­ber d’un coup de coude, il la ramas­sa en­core une fois.
— Dé­bar­ras­sez-vous donc de votre casque, dit le pro­fes­seur, qui était un homme d’es­prit.
Il y eut un rire écla­tant des éco­liers qui dé­con­te­nan­ça le pauvre gar­çon,
si bien qu’il ne sa­vait s’il fal­lait gar­der sa cas­quette à la main, la lais­ser par terre ou la mettre sur sa tête.
Il se ras­sit et la posa sur ses ge­noux.
— Le­vez-vous, re­prit le pro­fes­seur, et dites-moi votre nom.
Le nou­veau ar­ti­cu­la, d’une voix bre­douillante, un nom in­intelli­gible.
— Ré­pé­tez!
Le même bre­douille­ment de syl­labes se fit en­tendre, cou­vert par les huées de la classe.
— Plus haut! cria le maître, plus haut!
Le nou­veau, pre­nant alors une ré­so­lu­tion ext­rême, ou­vrit une bouche dé­me­surée et lan­ça à pleins pou­mons,
comme pour ap­pe­ler quel­qu’un, ce mot: Char­bo­va­ri.
Ce fut un va­carme qui s’élan­ça d’un bond, mon­ta en crescen­do, avec des éclats de voix ai­gus
(on hur­lait, on aboyait, on trépi­gnait, on ré­pé­tait: Char­bo­va­ri! Char­bo­va­ri!),
puis qui rou­la en notes iso­lées, se cal­mant à grand’peine, et par­fois qui re­pre­nait tout à coup sur la ligne d’un banc
où saillis­sait en­core çà et là, comme un pé­tard mal éteint, quelque rire étouf­fé.
Ce­pen­dant, sous la pluie des pen­sums, l’ordre peu à peu se ré­ta­blit dans la classe,
et le pro­fes­seur, par­ve­nu à sai­sir le nom de Charles Bo­va­ry, se l’étant fait dic­ter, épe­ler et relire,
com­man­da tout de suite au pauvre diable d’al­ler s’as­seoir sur le banc de paresse, au pied de la chaire.
Il se mit en mou­ve­ment, mais, avant de par­tir, hé­si­ta.
— Que cher­chez-vous? de­man­da le pro­fes­seur.
— Ma cas…, fit ti­mi­de­ment le nou­veau, pro­me­nant au­tour de lui des re­gards in­quiets.
— Cinq cents vers à toute la classe! ex­cla­mé d’une voix fu­rieuse, ar­rê­ta, comme le Quos ego, une bour­rasque nou­velle.
— Res­tez donc tran­quilles! conti­nuait le pro­fes­seur indi­gné,
et s’es­suyant le front avec son mou­choir qu’il ve­nait de prendre dans sa toque:
Quant à vous, le nou­veau, vous me co­pie­rez vingt fois le verbe ri­di­cu­lus sum.
Puis, d’une voix plus douce:
— Eh! vous la re­trou­ve­rez, votre cas­quette; on ne vous l’a pas vo­lée!

Gustave Flaubert
Madame Bovary
Zweisprachige Ausgabe
Übersetzt von Wolfgang Techtmeier

Dies ist ein interaktives E-Book. Klicken Sie auf den Text, um die Übersetzung einzublenden.

Der Originaltext ist gemeinfrei. Die Rechte für die synchronisierte zweisprachige Ausgabe und für die von uns in der Übersetzung ergänzten Textpassagen liegen bei Doppeltext.

Die Übersetzung erschien erstmals 1969 als Band 1 in Gustave Flaubert: Gesammelte Werke in Einzelbänden im Verlag Rütten & Loening, Berlin. Rütten & Loening ist eine Marke der Aufbau Verlag GmbH & Co. KG.
Übersetzung © Aufbau Verlag GmbH & Co. KG, Berlin 1969, 2008

Unser Programm umfasst viele weitere zweisprachige Titel. Besuchen Sie www.doppeltext.com, um mehr zu erfahren.

Wir freuen uns auf Ihre Meinung und Kritik.

Doppeltext
Igor Kogan & Tatiana Zelenska
Karwendelstr. 25
D-81369 München
Tel. +49-89-76 75 55 34
www.doppeltext.com
info@doppeltext.com